Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 19:41

2020.jpg

 

      "Quand on sort du métro à la porte de Clignancourt, on entend aussitôt la rumeur de la foire aux puces, on en respire l'odeur lourde, moins étouffante que celle du souterrain ; et, immédiatement, on en voit des personnages mal affublés, mal fichus, alignés sur le pont du chemin de fer de ceinture. Ils sont là comme en avant-garde, de tous les âges, de toutes les races : vendeurs de lacets, de bretelles, de briquets, de confiserie poisseuse, de fleurs fanées". 

                           Eugène Dabit, Ville lumière, Le Dilettante, 1990, p. 51.

 

 

Il faut lire l'intégralité de ce texte - A la foire aux puces - publié en 1933 et qui constitue une description magnifique des Puces de Saint-Ouen. Faites l'expérience : rendez vous sur place et vous constaterez que rien ou presque n'a changé. Le périphérique a certes remplacé la zone (même si celle-ci est désormais d'éducation prioritaire, urbaine sensible, de sécurité prioritaire...), mais l'essentiel est resté : la cohabitation d'objets dont la rencontre était improbable, la poésie, l'odeur de rouille, de friture, de sueur et de vieux papier, la chasse au trésor, la mélancolie souvent, le destin des objets et des hommes, les rencontres avec des personnages que l'on ne voit nulle part ailleurs, la nuit qui approche les soirs d'automne à l'heure où l'on remballe...

Dabit serait sans doute enchanté de savoir qu'aujourd'hui des milliers de puces fleurissent chaque dimanche au travers des brocantes de nos villes et de nos villages, répliques infinies de ces puces parisiennes. Dabit, qui n'avait pas besoin des mots à usages multiples de la novlangue en vigueur aujourd'hui, et dont les utilisateurs trouveraient sans doute là du "convivial", du "festif", du "ludique" ou du "décalé", ces mots qui ne sont que le reflet d'une pensée inconsistante... 

Laissons lui donc le dernier mot : "Chacun s'en va heureux, en se promettant bien de revenir tenter sa chance. Car, le reste de la semaine, aux quatre coins de Paris et de la banlieue, les brocanteurs ramassent dans leurs bagnoles de nouvelles splendeurs et de nouveaux déchets qui viennent échouer à la foire aux puces, tenter des hommes qui eux, toujours, ont dû se contenter de détritus et d'épaves."

Partager cet article

Repost 0
Published by Dominique Lallier
commenter cet article

commentaires